27/03/2010

Hermans, Bernard

BERNARD HERMANS, assembleur

 

"Le Faiseur d'assemblages...   Est-il Assembleur?

Le Fabricant d'objet...  Est-il Objecteur? "     

(Gilles Plazy)

 

"Sa prime enfance attache Bernard Hermans à l'Afrique noire.  Il a beaucoup voyagé, aux Etats Unis notamment.  La visite du musée de l'Art Brut à Lausanne lui a valu sa plus grande émotion artistique.  Il avait été tôt attiré par la peinture et le dessin, qu'il pratiqua en autodidacte.  Mais il fut avocat, puis cuisinier dans de bonnes maisons, enfin fonctionnaire...  Pour se détendre de l'activité qui le nourrit, (ou plutôt par plaisir de faire, d'échanger), il crée une oeuvre spontanée du recyclage de fragments naturels et culturels dont les formes suscitent son imagination.

Hermans mêle ses traces à celles qu'il choisit (il fréquente assidüment les "puces"), à celles qui lui sont offertes.  Il aime le bois vieux, le cuivre travaillé, les mécanismes détournés de lfonctions éteintes dont témoignent usure et patines.  Il en combine les configurations remarquables aux reliefs de ses repas (coquillages, crustacés), aux éléments végétaux qui témoignent de potentialités (graines étranges) ou des croissances passées dont subsiste la dynamique, aux cailloux roulés jusqu'à lui et autres minéraux évocateurs.  Son jeu est d'apparier les épars hétérogènes dont il s'est emparé, de conjuguer - décliner les formes.  Pour affirmer quoi?  Il agit sans réfléchir, dans une certaine frénésie.  La signification n'est pas le moteur premier de son activité.

Quiconque reconnaîtra une variété thématique dans la création ludique et combinatoire de Bernard Hermans: quelques jouets d'adultes (véhicules ancêtres, bathyscaphes, dirigeables), souvent des machines immobiles aux fonctions imaginaires mais crédibles, souvent aussi l'exotisme d'ethnographies improbables (africaines, asiatiques), enfin des objets dignes de cabinets de curiosité (y compris des "faux") et d'autres énigmes, dont le mystère relève de la plaisanterie plutôt que de l'ésotérisme.  Les séries (les Montres par exemple) sont dues à l'exploitation des matériaux aimés - jusqu'à l'extinction des stocks -  plus qu'à la difficulté d'en finir avec telle idée.

En 1945, Jean Dubuffet reconnaissait l'existence d'un "art brut" en marge de la culture, produit des nécessités essentielles vécues par des individus totalement livrés à eux-mêmes. Depuis, de telles expressions extraculturelles se sont multipliées - l'acte consiste à projeter dans l'artefact des moments authentiques de la rencontre de soi.  Par ailleurs, créer par combinaison d'éléments hétérogènes, (fussent-ils choisis ou reçus), est bien constitutif de l'art et peut suffire à amorcer l'activité caractéristique de l'oeuvre, qui est d'ordre énergétique ou/et sémantique.

Georges Meurant

 

Les commentaires sont fermés.